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La Présidente du Parlement européen
COMMUNIQUES DE PRESSE

Bruxelles, le 7 novembre 2001

Discours de Nicole FONTAINE à l'audition publique du Parlement européen sur l"Aide aux afghans"
 

En clôture de cette audition, je voudrais d'abord remercier très sincèrement le Président Joaquim MIRANDA et les membres de sa commission pour avoir organisé, en un temps aussi bref, cette audition publique. Elle a permis, si besoin était, de saisir à quel point la Communauté internationale et l'Union européenne en particulier ont une responsabilité de premier plan pour venir enfin efficacement en aide au peuple afghan démuni de tout.

Vous le savez, ce n'est pas d'aujourd'hui que le Parlement européen est vivement préoccupé par la situation dans laquelle se trouve à tous égards la population afghane, écrasée par plus de vingt ans de guerres, et depuis cinq ans, par un régime odieux.

Dès le mois de février1998, nous avions demandé une action de l'UE en faveur d'une aide humanitaire globale, assortie des mesures d'accompagnement nécessaires, pour lutter notamment contre la production et l'écoulement de l'héroïne, et pour dénoncer le régime des talibans dont les errements commençaient à apparaître.

Le Parlement européen n'a eu de cesse de s'indigner également contre le sort indigne fait aux femmes et de condamner les déplacements forcés et les massacres des peuples non-Pachtouns, tels que les Hazaras. Pour nous, le régime des Taliban nie les droits les plus élémentaires de la personne humaine et a plongé l'Afghanistan dans les ténèbres.

C'est pour envisager les modalités d'un retour "à la normale" que j'ai invité le Commandant MASSOUD au Parlement européen au mois d'avril dernier. Il avait compris, car il nous l'a dit à ce moment là, qu'il n'y aurait de solution que politique. Il était venu nous adresser un appel afin que la paix et la liberté reviennent avant qu'il ne soit trop tard. Cet appel n'a malheureusement pas été entendu et le terrorisme a pu agir sous la protection des Taliban avec les conséquences désastreuses que le monde entier connaît aujourd'hui.

Le Parlement européen a également contribué, à travers le témoignage admirable des trois femmes afghanes sorties clandestinement de Kaboul, à la prise de conscience de nos opinions publiques qu'un tel régime ne méritait pas d'exister. Je garderais toujours à l'esprit l'une de leurs phrases les plus terrifiantes: "C'est comme si nous étions mortes".

Dans un communiqué du 23 mai, faisant suite à la destruction des deux Bouddhas géants, je déclarais même : "Que faudra-t-il de plus pour que les antichambres feutrées de la diplomatie occidentale cessent enfin d'être aveugles ? Que faudra-t-il de plus pour que les pays musulmans modérés comprennent que de tels comportements portent un discrédit immense à l'ensemble de l'Islam ?"

Vous voudrez bien me pardonner d'avoir insisté sur l'action de notre institution mais si je l'ai fait c'est pour dire que la préoccupation humanitaire du Parlement européen n'est pas circonstancielle. Elle est sincère et déterminée, et cela, de longue date et de façon constante. Le Parlement aurait souhaité être mieux entendu quand il était encore temps.

Aujourd'hui, la priorité des priorités est d'éviter à tout prix le désastre humanitaire qui se profile avec l'approche imminente de l'hiver. La qualité des interventions d'aujourd'hui et l'expérience de ceux qui les ont prononcées interpelleront, je l'espère, l'ensemble de la Communauté internationale de l'impérieuse nécessité qu'il y a à agir vite.

La poursuite légitime des criminels du 11 septembre ne doit pas conduire à ce qu'une population considérable, évaluée par les organisations humanitaires entre 5 et 10 millions d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, en paie le prix en mourant de faim, de froid et de dénuement, dans ses montagnes arides et glacées. Je le répète le drame humanitaire ne date pas du 11 septembre. En revanche, il a été amplifié par ces monstrueux attentats.

Or un désastre humanitaire ne serait jamais pardonné dans la conscience du monde. Nous ne pouvons qu'apprécier à cet égard l'annonce qui vient d'être faite par les Etats-Unis, d'œuvrer en faveur de la création d'un couloir humanitaire qui permettra d'agir à temps, et je le demande, en lien opérationnel avec les organisations humanitaires, pour éviter qu'une confusion entre les actions des uns et des autres ne se retourne à terme contre l'action humanitaire, là ou ailleurs. Vos témoignages prouvent bien que nous partageons cette même préoccupation de ne mélanger en aucun cas l'"humanitaire" et le "militaire". La neutralité des ONG doit être conservée. Et permettez-moi de vous dire à ce propos à quel point je suis préoccupée, si elle se confirmait, par l'information rapportée ce matin par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés selon laquelle des combattants se mêleraient aux populations réfugiées et leur infligeraient de mauvais traitements dans les camps du HCR dans le Sud Ouest de l'Afghanistan.

D'où l'importance d'une mobilisation internationale. Dans cette optique j'accueille favorablement la proposition faite hier de réunir en urgence, une conférence des Nations Unies sur l'aide aux réfugiés et populations d'Afghanistan. Elle serait particulièrement opportune pour conforter la cohésion de toute la communauté internationale. Le problème des réfugiés, celui de la reconstruction du pays dès la fin des hostilités, celui de la préparation d'un autre avenir politique en Afghanistan, celui de l'aide aux pays voisins touchés par les événements actuels, y seraient abordés dans l'enceinte mondiale la plus incontestable.

L'aide humanitaire d'urgence, si vitale qu'elle soit, est nécessairement limitée dans le temps mais l'aide alimentaire devra se poursuivre sur une très longue période ainsi que l'effort en faveur de la reconstruction globale qui sera nécessaire. Elle n'aura de sens que si un gouvernement stable et démocratique est mis en place, en évitant le recours à une gouvernance exogène, laquelle ne pourrait qu'être rejetée par les Afghans. Un gouvernement au sein duquel les femmes devront retrouver toute leur place.


Vous toutes et vous tous qui avez bien voulu participer à cette audition, soyez assurés que le Parlement européen tiendra le plus grand compte de vos observations et de vos témoignages. Il ne ménagera pas ses efforts pour que l'aide de l'Union européenne, qui a été depuis 1991, le donateur le plus important en Afghanistan, soit portée à la hauteur des problèmes à résoudre.

Mon mot de conclusion sera pour rendre hommage à toutes les organisations humanitaires qui, au péril de leur liberté et parfois de leur vie, se dévouent auprès des populations les plus menacées, les plus démunies, les plus désespérées, les plus oubliées du monde, et tout particulièrement en Afghanistan. Le Parlement fera tout ce qui est en son pouvoir pour les aider dans leur mission désintéressée, essentielle et irremplaçable.

Je vous remercie.
 
© Parlement européenResponsable du site : Hélène Lanvert