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La Présidente du Parlement européen
COMMUNIQUES DE PRESSE

Malte, le 20 novembre 2001

Discours de Nicole FONTAINE, Présidente du Parlement européen, devant l'Université de Malte
 
Monsieur le Président de l'Université,
Mesdames et Messieurs les membres du corps professoral,
Mesdames, Mesdemoiselles, et Messieurs les étudiantes et étudiants,
Mesdames et Messieurs,


L'invitation que vous m'avez si aimablement adressée, m'offre l'occasion de donner un prolongement public aux discussions et aux échanges qu'il m'a été donné d'avoir avec les autorités de votre pays, au cours de cette visite officielle.

Je tiens à vous en remercier et je me réjouis que cette intervention se déroule dans cette université, haut lieu de la science, de la culture et de la jeunesse.

L'Europe unie dont nous sommes appelés bientôt à parfaire ensemble la construction, ardemment et avec persévérance, doit beaucoup aux universités.

Tout au long de l'histoire tourmentée de l'Europe, les universités ont été les lieux par excellence où les esprits les plus ouverts et les plus éclairés de leur époque, ont façonné, par des échanges intenses et constants, ce qui fait aujourd'hui le socle commun, de nature humaniste, de nos cultures nationales et régionales. Elles ont été les artisans du savoir et de l'humanisme tolérant à vocation universelle.

Votre archipel si disputé à travers les siècles, reste un creuset exceptionnel de toutes les civilisations européennes et du monde méditerranéen qui s'y sont succédé sur près de trois mille ans : les Phéniciens, les Carthagénois, l'empire romain, les arabes, les croisés, l'empire pluriethnique de Charles Quint, les Français avec Bonaparte, et pour finir, les Anglais. Ce qui fut souvent votre drame devient votre chance au moment où les échanges économiques et culturels se mondialisent plus que jamais.

En 2004, comme elle l'a souhaité, Malte devrait, nous l'espérons, rejoindre pleinement la grande famille de l'Union européenne. Ce sera justice, tant notre histoire a été commune à travers ses péripéties. Elle a toujours occupé une place centrale au carrefour de deux, et même de trois continents. Elle est ouverte sur le monde, puisque deux Maltais sur trois vivent hors du sol national. Soyez assurés que c'est avec enthousiasme que votre pays sera accueilli au sein de l'Union européenne.

Tout au long de ces dernières années, Malte a démontré sa détermination à respecter le cadre des critères politiques et économiques d'adhésion fixé au Conseil européen de Copenhague, et à accomplir des progrès substantiels dans le processus d'intégration de l'acquis communautaire.

Le Parlement européen suit de près cette évolution favorable et se félicite du lien régulier créé par les réunions de la commission parlementaire mixte qui nous permettent de progresser dans la connaissance, la compréhension mutuelle et la coopération.

Malte participe déjà à plusieurs programmes communautaires. Je voudrais évoquer ceux qui touchent de plus près le monde universitaire, tels que Leonardo ou Socratès. Mais nous savons aussi son attachement à la mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune, dont les tragiques événements du 11 septembre ont montré la nécessité absolue, qu'il s'agisse de la coopération policière et judiciaire contre le terrorisme, du tarissement de ses sources de financement, du rapprochement de nos droits pénaux respectifs, et aussi de la lutte contre le blanchiment de l'argent dont l'obligation ne doit souffrir d'aucune complaisance dans aucun Etat appartenant ou désirant appartenir à l'Union européenne.

Nous connaissons, en outre, la volonté de Malte de constituer un pont entre les deux rives de la Méditerranée et, dans cette optique, de donner vie au partenariat euro-méditerranéen inauguré à Barcelone en 1995. La période dans laquelle nous sommes entrés depuis le 11 septembre, rend la position de Malte encore plus importante, parce que ce processus de Barcelone peut puissamment contribuer à renforcer les liens entre les peuples méditerranéens.

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Vous avez souhaité que mon intervention soit centrée sur le devenir, c'est-à-dire en fait, sur le dessein ultime de cette Europe unie dans laquelle vous vous préparez à entrer, si le peuple maltais, le moment venu, confirme ce choix.

Aux lendemains de l'horrible seconde guerre mondiale, l'intuition des fondateurs de l'Europe nouvelle n'avait pas été de chercher à la construire d'un seul coup, mais au contraire à la façonner progressivement et pragmatiquement, par des actes concrets qui créeraient des solidarités de fait.

Cette intuition s'est révélée exceptionnellement féconde, mais elle reste inachevée, et vous en serez acteurs, autant que les Etats qui sont déjà membres de l'Union.

Où en sommes-nous de cette Europe qui rassemble aujourd'hui quinze Etats représentant 380 millions de citoyens ? Quel est le projet exaltant qui peut être présenté à l'adhésion de vos concitoyens, et avant tout à la jeunesse qui, demain, fera l'avenir de votre pays ? Malte risque-t-elle d'être noyée dans ce grand ensemble communautaire, comme certains semblent le craindre ?

Je vais m'efforcer de répondre avec sincérité à ces grandes questions.

Une Europe de la paix.

Au sein de l'Union européenne, ce que nous avons déjà fait, et ce que nous proposons de parfaire avec les pays qui souhaitent nous rejoindre, c'est une Europe de la paix à l'échelle d'un continent unifié.

Plus d'un demi-siècle sans que les Etats européens se combattent par les armes, cela ne s'était jamais produit dans leur histoire commune, au point que les générations nouvelles vivent dans l'idée que cette paix européenne est naturelle, et la guerre inimaginable.

Mais nous savons bien, pour l'avoir vu ces dernières années, aux portes de l'Union, en Croatie, en Bosnie, au Kosovo, en Macédoine, que le feu des haines ethniques peut à tout moment réveiller la guerre et ses atrocités, sur le sol même du continent européen.

Plus les Etats européens s'engageront dans un processus d'intégration économique et politique, plus l'esprit nationaliste cèdera la place à l'esprit communautaire, plus la guerre deviendra impossible.

C'est la raison première pour laquelle l'Union européenne conçoit qu'il est de son intérêt et de son devoir de s'élargir à tous les Etats du continent qui le souhaitent et s'y sont préparés, qu'il s'agisse de ceux de l'Europe centrale et orientale qui ont recouvré la liberté et la démocratie, il y maintenant plus de dix ans, ou de ceux qui, comme Malte et Chypre, après la Grèce, font partie du bassin méditerranéen.

Une Europe de la liberté économique dans la solidarité.

Au sein de l'Union européenne, ce que nous avons déjà fait, et ce que nous proposons de parfaire avec les pays qui souhaitent nous rejoindre, c'est aussi une Europe de la liberté économique dans la solidarité.

Le bilan est extraordinairement positif, et inédit dans le reste du monde :

- la politique agricole commune a sauvé le tissu humain du monde rural et l'agriculture européenne, d'un déclin dévastateur qui paraissait inéluctable,
- Le marché unique a fait de l'Union européenne, le plus grand pôle économique du monde, totalement ouvert à une concurrence loyale stimulante, et mieux capable de résister aux chocs des autres grandes économies,
- La reconnaissance mutuelle des diplômes professionnels et la liberté d'établissement pour toutes les professions, même réglementées nationalement, font que l'espace naturel de vie, d'études, de travail des générations nouvelles n'est plus seulement à l'échelle de leur pays d'appartenance, mais à celle de toute l'Europe.
- Les fonds structurels et de cohésion sociale ont permis aux pays ou aux régions handicapées par leur situation géographique ou en retard de développement, d'atteindre un niveau de vitalité économique qu'elles n'auraient jamais pu espérer. Mais cette solidarité, qui a notamment permis le décollement économique de l'Espagne, de l'Irlande ou de la Grèce, a aussi bénéficié à terme aux autres pays qui les avaient aidés, en leur ouvrant de nouveaux marchés.
- L'euro enfin, a supprimé les effets déstabilisateurs des fluctuations entre les monnaies européennes et contraint tous nos Etats à une convergence de leurs politiques budgétaires, en matière de déficit, d'endettement, d'inflation.

Une Europe fondée sur des valeurs communes

Au sein de l'Union européenne, ce que nous avons déjà fait, et ce que nous proposons de parfaire avec les pays qui souhaitent nous rejoindre, c'est aussi une Europe fondée sur des valeurs communes.

Beaucoup d'entre elles étaient inscrites dans nos consciences collectives du fait de notre histoire partagée sur plus d'un millénaire.

Nous les avons fortifiées à travers les traités de Rome, de Maastricht et d'Amsterdam, et aussi grâce à la jurisprudence très importante de la Cour de Justice des communautés européennes.

Le retour de la barbarie en Bosnie, puis au Kosovo, a mobilisé les Européens sur ce qui ne pouvait être toléré, a fortiori sur le sol même de l'Europe. Il est significatif qu'aujourd'hui le sort indigne fait notamment aux femmes par le régime des talibans, en Afghanistan, ait mobilisé de même manière les Européens.

Le premier Congrès mondial pour l'abolition universelle de la peine de mort, qui s'est tenu au Parlement européen, en juin dernier, a montré que l'Europe unie s'affirme de plus en plus comme une autorité morale autant que comme un pouvoir économique. Il réunissait les Présidents des Parlements nationaux et votre Président, M. Tabone nous a fait l'honneur de sa participation significative.

En décembre 2000, nous avions voulu que ces valeurs communes soient mieux identifiées, en proclamant à Nice la charte européenne des droits fondamentaux.

Son destin naturel sera d'être le préambule d'une constitution de l'Union européenne que nous appelons de nos voeux

- pour simplifier le maquis actuel des traités, inaccessible aux citoyens,
- pour clarifier les compétences, sur la base du principe de subsidiarité, entre le niveau européen, le niveau des Etats et celui des collectivités territoriales de proximité,
- pour mieux reconnaître, sans créer de confusion institutionnelle, le rôle des parlements nationaux, premiers dépositaires des souverainetés nationales.

Une Europe sociale.

Au sein de l'Union européenne, ce que nous avons déjà amorcé, et ce que nous proposons de parfaire avec les pays qui souhaitent nous rejoindre, c'est aussi une authentique Europe sociale.

L'objectif est de réduire les écarts de niveau de vie, de protection sociale, de droits, entre les Européens, quel que soit leur pays d'appartenance.

Le libéralisme économique qui s'impose aujourd'hui à travers le monde, et dont nul ne peut sérieusement contester qu'il est préférable, y compris socialement, au dirigisme étatique de l'économie, n'est acceptable et bénéfique que dans la limite où il prend en compte la dimension humaine des hommes et des femmes qui travaillent et génèrent, par là-même, des richesses accrues.

En ce domaine, même si quelques progrès ont été faits, les résistances de certains Etats freinent encore beaucoup l'émergence d'un authentique modèle social européen. Mais nous progressons d'année en année.

Un espace commun de sécurité, de liberté et de justice.

Au sein de l'Union européenne, ce que nous avons déjà engagé, et ce que nous proposons de parfaire avec les pays qui souhaitent nous rejoindre, c'est encore un véritable espace commun de sécurité, de liberté et de justice.

On observe souvent que l'Europe avance sous la pression d'événements extérieurs forts. Ainsi, la tragédie monstrueuse de New York et de Washington a conduit tous les Etats européens à saisir l'opportunité et la nécessité d'un saut qualitatif dans un domaine qui paraissait infranchissable parce qu'il touche à l'un des aspects les plus sensibles de nos souveraineté nationales traditionnelles : celui de la création d'un authentique espace commun de liberté, de sécurité et de justice.

Chacun aujourd'hui a conscience de la nécessité

- que nos droits nationaux respectifs deviennent compatibles,
- que s'instaure le principe de la reconnaissance mutuelle des compétences et des décisions de justice, à travers la mise en place d'un mandat d'arrêt européen,
- qu'une politique commune, à la fois généreuse et rigoureuse, soit adoptée en matière d'immigration et de lutte contre ceux qui exploitent l'immigration clandestine.

Un Europe de défense commune.

Au sein de l'Union européenne, ce que nous avons déjà engagé, et ce que nous proposons de parfaire avec les pays qui souhaitent nous rejoindre, c'est une Europe de défense commune, pour lui assurer une plus grande autonomie dans sa sécurité, et pour lui permettre d'intervenir hors de l'Europe, lorsque la paix du monde est menacée, ou lorsque les droits fondamentaux de la personne humaine sont bafoués, comme on l'a vu récemment dans les Balkans, et actuellement en Afghanistan.

Une Europe politique

Au sein de l'Union européenne, ce que nous avons déjà engagé, et ce que nous proposons de parfaire avec les pays qui souhaitent nous rejoindre, c'est une authentique Europe politique.

Avant sa réunification, on disait de l'Allemagne qu'elle était "un géant économique, mais un nain politique".

La formule serait injuste pour l'Union européenne d'aujourd'hui. Elle est présente en tant que telle sur la scène du monde et lorsqu'elle parle d'une seule voix, cette voix est entendue.

Mais son influence n'est pas à la mesure de ce qu'elle représente.

Il suffit pour s'en convaincre de rappeler comment les Etats-Unis viennent de tourner le dos aux accords de Kyoto sur la réduction de l'effet de serre, et s'arroger impunément le droit d'être les premiers pollueurs de la planète, parce que tel est leur intérêt économique du moment.

On le voit aussi dans les négociations sur le commerce mondial : la division de l'Europe sur le volet culturel de ces négociations affaiblit considérablement sa capacité à résister à l'envahissement des productions d'un sous-continent dominateur.

Une Europe de la solidarité universelle.

Au sein de l'Union européenne, ce que nous avons déjà engagé, et ce que nous proposons de parfaire avec les pays qui souhaitent nous rejoindre, c'est une Europe de la solidarité universelle, à l'égard des peuples qui s'enfoncent un peu plus chaque année dans le sous-développement, notamment en Afrique ou en Amérique du sud.

Certes, l'Europe est le continent qui apporte la plus grande contribution à la lutte contre la pauvreté. Mais cette contribution n'est pas à la hauteur de la misère matérielle et humaine qu'elle veut combattre.

Il n'est pas possible d'envisager que le nouveau millénaire puisse se développer en maintenant, voire en aggravant, le fossé qui sépare les pays riches, qui continueraient à vivre dans le confort de leur aisance, et les pays où le sous-développement et la guerre civile laissent plus de deux milliards d'être humains, dans la faim, la maladie, l'asservissement ou la terreur.

Une Europe des citoyens

Enfin, ce que nous voulons, même si nous avons encore de grands progrès à réaliser en ce domaine, c'est de faire l'Europe des citoyens.

Sans adhésion populaire, il ne peut exister d'union politique.

Après une longue période qui a été dominée par un assentiment, certes très large et réel, mais un peu passif, à la construction européenne, les Européens perçoivent de plus en plus que leurs préoccupations les plus fortement ressenties ne peuvent trouver de solution efficace qu'à l'échelle européenne, c'est-à-dire par la voie d'une intégration de plus en plus poussée entre nos Etats. Ils sont de plus en plus nombreux à souhaiter un renforcement de l'intégration européenne, dans des domaines aussi traditionnellement refermés sur les prérogatives nationales, que la défense, la justice, la fiscalité, l'environnement, l'immigration. Sur tous ces points, selon les sondages les plus récents, plus de deux tiers des personnes interrogées considèrent que ces problèmes seraient traités plus efficacement si les pouvoirs de l'Union européenne étaient renforcés par rapport à ceux des Etats membres.

Un certain nombre d'événements récents ont servi de révélateurs et de catalyseurs d'une conscience de l'identité européenne. Qu'il s'agisse de catastrophes maritimes, de l'épizootie de l'ESB ou de la fièvre aphteuse, des drames de l'immigration clandestine, de la désinvolture de certains Etats d'autres continents devant la montée des menaces climatiques, et peut-être surtout de la résurgence de la barbarie qui s'est perpétrée en Bosnie, puis au Kosovo, tout cela a façonné une conscience nouvelle de la citoyenneté européenne.

Le défi qui est devant nous est de faire en sorte que, dans une Europe à 27, ou davantage, l'Union puisse à la fois renforcer sa capacité à décider, à le faire démocratiquement, et à maintenir la prééminence de sa solidarité.

Partout en Europe le débat sur l'Europe que nous voulons est lancé, en vue d'une échéance de décision, fixée en 2004, et vous y êtes associés dès maintenant.

L'unification de tout le continent européen

Dans le cadre du nouveau traité signé à Nice, l'Union européenne s'est en effet définitivement engagée dans la voie de la réunification au sein de l'Union européenne de tous les Etats et de tous les peuples du continent qui le souhaiteront, pour y stabiliser à la fois la paix et la démocratie de manière irréversible.

C'est ce que nous appelons l'élargissement, mais le mot est réducteur d'une ambition plus noble et exaltante.

L'adhésion d'au moins 10 pays, dont le vôtre, est désormais programmée pour 2004. L'Union européenne comptera près d'un demi milliard d'hommes et de femmes vivant et travaillant dans un vaste espace économique sans frontières intérieures, qui ira du cercle polaire jusqu'à Gibraltar, Malte ou les Iles ioniennes, et de l'Irlande jusqu'à la frontière de la Russie.

Mêler dans une authentique communauté, tous ces Etats et tous ces peuples, aux singularités ethniques, historiques, sociales, religieuses, si ancrées et si prononcées, ne sera pas simple. Il ne faut pas en sous-estimer la difficulté, et des Universités comme la vôtre, peuvent avoir un rôle positif considérable à jouer à cet égard, dans la fidélité à leur mission originelle.

Car ce ne sont pas seulement les institutions européennes qu'il faut adapter, ce sont les esprits, ceux des Etats de l'Union actuelle, comme ceux des Etats candidats, qu'il faut préparer.

Or, après une période initiale d'assentiment collectif spontané, force est d'observer la montée d'appréhensions diffuses, voire de replis nationaux, dans tous nos Etats. C'est dès maintenant qu'il faut engager une campagne d'information et de sensibilisation aux enjeux géopolitiques de la réunification intégrale de tous les pays du continent européen qui le souhaiteront et le pourront, au sein de l'Union européenne.

Le dessein final est celui d'un continent entier, réuni dans une Communauté d'Etats et de peuples, dont la finalité sera de faire de l'Europe une terre de paix et de démocratie irréversibles, de lui permettre, par une mise en commun volontaire des souverainetés nationales, de peser davantage sur la scène du monde, de favoriser par la solidarité économique, un mieux-être équitablement partagé entre tous ceux qui vivent et travaillent sur le sol européen.

Un nouveau rendez-vous a été fixé pour 2004, avec une nouvelle conférence intergouvernementale. Le Parlement européen tient à ce que la préparation de cette échéance soit réussie et, à cette fin, qu'un vaste débat se développe, ouvert à tous les courants de la société civile, en étroite coopération avec les parlements nationaux et les assemblées régionales, et avec la participation des pays candidats à l'adhésion. Notre rencontre d'aujourd'hui s'inscrit dans cette démarche.

A Malte, je n'ignore pas que dans cette période préparatoire à une décision de grande portée, des voix s'élèvent pour émettre des interrogations. Il y en aura toujours, mais je forme le voeu, et c'est le sens profond de mon intervention, que tous ceux qui sont les médiateurs d'opinion, aident la population à percevoir cette adhésion à l'Union européenne, comme un projet exaltant, qui va bien au-delà de l'intégration économique, et dont l'enjeu pour les générations à venir transcende les clivages partisans du moment. Ne redoutez pas une Europe dans laquelle un pays, " petit" par sa population, comme Malte, serait noyé dans un grand ensemble dont il constituerait moins d'un centième de ses citoyens.

L'originalité de la construction européenne est de réunir dans un même ensemble des Etats qui bénéficient de la même considération, quelle que soit leur dimension, et dont les traditions et les spécificités culturelles sont respectées de la même façon. Le Luxembourg, dont la population est comparable à celle de Malte, est un pays fondateur, et il a toute sa place dans l'Union. Son identité, sa souveraineté nationale n'ont été en rien affaiblies; il compte précisément davantage que s'il était seul, car il s'appuie sur un ensemble. La ligne de partage aujourd'hui n'est pas entre les " grands " et les " petits " pays, mais entre ceux qui veulent une Europe communautaire et ceux qui ne partagent pas cette conception. Dans le monde tel qu'il est aujourd'hui, on n'est fort, qu'en équipe.

S'agissant de Malte, je suis persuadée que les questions qui demeurent en négociation, sur la libre circulation des capitaux, sur la concurrence, sur la pêche, sur la fiscalité, sur la politique sociale, sur l'environnement, trouveront des solutions équilibrées et respectueuses de la spécificité de Malte. Nous avons déjà fait ensemble la plus grande part du chemin. C'est le gage du succès pour ce qui reste encore à réaliser.

Tel est le message de profonde amitié et de vérité, que j'ai été heureuse de venir vous apporter.

Je vous remercie.
 
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